Sara Do en TerraGalice, Île Ô Poésie

Lettre à Marthe

Jonquière Saint-Vincent.                   



Lettre à Marthe
  

 

 

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Phot'à Sara Do@2088

 

 

 

 

Qui es-tu ? Toi que je cherche au plus profond de moi. La chair de mes ancêtres. Quelle est ton histoire ? Celle qui te livre parole de vérité…
Aujourd'hui, je décide de suivre mon chemin. Dans ce chemin là, il y a toi. Je vais chercher une expression de toi en moi dans tout ce qui me traverse.  Laisser jaillir la vie des mots. Que cela porte ces fruits bien au-delà de nous pour tout simplement être. Esprit es-tu là !?

 

C'était il y a … Toute une histoire à suivre en devenir. C'était au temps d'il y a longtemps...

 

 


Chère Marthe,

 



je t'appelle, je t'épelle M.A.R.T.H.E. Absente ! Je te voudrais proche, à te toucher, à te respirer… Je t'attends. Cela fait des années que je t'imagine, que tu m'inspires la peur du savoir, la peur du connaître.

 

 

Que faire, que dire, de ces histoires anciennes, réelles intemporelles ou rêves imaginaires de nos familles. Que faire de ces histoires cachées ? Que de tours et détours, juste pour t'apercevoir. Des années de vide face à toi, l'inconnue. Je vais m'essayer à traduire en pensées, en mots ton existence pour parfaire mon identité…

 

 

Femme, tu es, malgré leur interdit. Femme du futur avant l'heure. Tu vis ta vie. Une famille impuissante de compréhension et toute puissante de décision. Qu'en est-il de ton ancre, de ce qui t'enracine. Qu'en est-il de tes envies de tes désirs face à l'interdit ?

 

 

Nous sommes en 19…  Jonquière Saint-Vincent, quel joli nom pour un village de Provence où il fait bon vivre. Les oliviers baignent dans la lourdeur de l'été. Bientôt les vendanges. Le raisin mûr attend son heure de cueillette. Les mains impatientes vont caresser la vigne et l'évider de ces grappes. C'est l'heure du couvre feu… Ce soir à la veillée les chants vont bon train, l'ambiance est au vignoble, à la sueur d'une journée bien remplie.

 

 


Marthe est en attente, dans l'heure, à la seconde. La saison déraisonne et rend grâce à Dieu de l'étendu de son chant. Ce chant si beau, si doux. Marthe rêve. Rêve à quoi ? A rien et à tout, au peut-être que, peut-être pas…  Une chanson fredonne à son oreille, un refrain lancinant qui se perd et se repère dans sa tête. Éternel chant de vie.

 

 

Ici tout est lent, lourd et prend son temps. Et cette chaleur, épaisse, t'empêche de respirer. Et puis, il y a la loi. La loi du plus fort. Le chef de famille. Droit de vie, droit de mort, sur tout ce qui sévit alentour ;  biens, corps et âmes. Le pouvoir absolu sans compromission. Le droit de citer en sa demeure. Comment faire. Comment dire les mots au grand jour. Ils sont hors champs des émotions sur ce terrain là, tout est en friche.

 

 

 

Marthe, toute en langueur dans cette chaleur, observe par la fenêtre, les hommes travaillant au champ. Elle est jeune. Elle est belle. Marthe tombe amoureuse au premier regard de son bel algérien de kabylie ! Mais ma fille, es-tu folle ? Tu épouseras un gars du pays. C'est écrit depuis la nuit des temps. Ce n'est pas toi qui changeras la règle établit.  

 

 

Marthe, toujours à la fenêtre... Tu le vois travailler, s'échiner, le dos courbé. Tu vois de ses mains le vin et l'ivresse, tu le bois de tes yeux. Tu souris, tu aimes. Tu es prête à tout pour vivre cette histoire là…
Que vas-tu faire au bal ce soir ? As-tu la permission de père ou encore celle de mère ? Vaille que vaille, d'une autorisation, tu n'as que faire, ta soif est la plus forte.

 

Ce soir à la fraîche, tu sauteras le pas. C'est par la fenêtre que tu t’envoleras. C'est par le palier que tu rentreras, en douceur, sans faire de bruit... Cela existe depuis la nuit des temps !

 

Chère Grand-mère que je connais si bien et si peu. Juste par quelque ouï-dire. Je t'imagine, je te sens, je t'aspire, je te veux. Tu vibre, tu vis, tu es en moi indélébile... Tu manques, enfin tu es là.

 

 

 

Pleurs. Sereine.

                                          

Sara Do

 

A mon grand-père, Saïd Lahouassa,

A ma grand-mère, Marthe Subey - Lahouassa ...

 



08/12/2010
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