Sara Do en TerraGalice, Île Ô Poésie

L'insu-portable

 

L'insu-portable 1

 

La phot'à Cy Riou (*) 

 (nouvelle)

 

 

 

L'insu-portable de fond en comble creuse le sillon, cherche la voie pour mieux t'immiscer en moi… D'elle, je sais si peu de chose, juste l'odeur d'une rose. Je, l'aimait.

 

Chemin de vie, te rappelles-tu ce silence en corps !? Elle était là, pâle figure, à gémir sans demi-mesure. La voiture en marche déroule ses kilomètres au compteur. Elle ne sait pourquoi, elle roule en enfer. Combien êtes-vous installés à l'arrière ? Un, deux, trois !? Des enfants de quel âge !? Frères et sœur de quelle famille perdue !?

 

La femme qui conduit est livide, le corps tendu, prêt à se briser.

 

Mais, ce n'est pas encore l'heure. La guerre à venir est de celle qui fait trébucher les vies dans un no man's land.

 

Paris. La belle capitale enluminée, brille de tous ses appâts. La chambre d'hôtel au papier jauni, la salle de bain avec sa rouille sur les robinets du lavabo. La baignoire usée de tous ses baigneurs, la douche en goutte à goutte. La toilette est capitale ! Edith chante quelque part... et ça m'a fait mal et ça m'a fait mal. Moi j'essuie les verres au fond du café la…  lala…  la… lala… et dans ce décor banal à pleurer la… lala… la… lala…

 

Elle est belle, longue, élancée, pleine d'élégance. Elle plaît ! Elle a toujours plu aux hommes d'un style baisemain. Sa vie amoureuse est comme les montagnes russes et du souvenir de son premier, lui est restée trois enfants. Une fille, quel supplice et des Jumeaux ! Un autre fils tant attendu, issu d'un autre lit, est mort en bas âge. Ce chagrin-là ne s'effacera pas. Il est comme une plaie ouverte d'où s'écoule en permanence un hurlement silencieux. La fêlure.

 

Chut ! Pas un bruit.

 

Est-ce pour punir les trois postes restantes, tout ce noir à venir !? Le temps est passé, les petits ont grandi en faux semblant d'une vie idyllique.  C'est l'heure de la destinée et le hasard là-dedans ? Il compte pour rien ! Le salaud ! L'infâme, misérable, destin hypocrite. L'insu-portable silence à tout jamais.

 

Le dernier mari a failli, il a tout bousculé sens dessus dessous. Il est parti. Du jour au lendemain tout a basculé dans le vide.  La maison, en pièces détachées et un plein d'huissiers par la porte-fenêtre. Le nounours. Où est nounours et la famille autour !?

 

La belle s'est levée pour le petit déjeuner. Il faut bien les nourrir ces ouailles… Elles ont faim et piaillent l'estomac vide. Deux petits déjeuners pour trois oisillons, ça devrait aller pour tenir jusqu'à tout à l'heure. L'heure insu, celle qui est à venir.

 

S'habiller, se toiletter, grimaces de chat devant la glace. C'est un peu la fête ! Paris, la capitale, le bal sur la place, c'est ce soir ! Nous sommes prêts pour le grand jour. Propres comme des socquettes blanches et des souliers vernis !

 

La rue s'obscurcit, les voitures s'espacent les unes des autres, laissant la place à l'avenue. Denfert-Rochereau s'ouvre droit devant nous, un portail avec une grille noire. Le souvenir reste noir sur tous les tons. La belle se promène avec ses trois petits. Ses talons aiguilles tapent la cadence, clac...clac...clac..., comme pour prévenir la claque à venir, magistrale, décapante.

 

Silence on tourne ! C'est pour un bout d'essai, un scénario de merde à deux balles pour vie pourrie en devanture. Et Paris se casse la figure...

 

Dialogue de sourd. Les petits vont passer la porte, la grille noire… Une heure, pour une heure seulement… Vous m'attendez là, je reviens vous chercher.

 

Elle ne reviendra pas.

 

La belle s'est fait la belle. D'éternelle comme la neige, elle a fondu au soleil. La maison derrière la grille noire porte le doux nom de l'assistance publique. D'enfers- Rochereau, la cité de transit. A l'accueil, les enfants vont attendre longtemps. La belle s'est cassée les talons aiguilles, elle ne peut pas revenir, pas tout de suite. Dans un an, deux ans... … .

 

La femme qui conduit est livide, le corps tendu, elle est brisée. L'heure est dépassée maintenant. C'est l'heure insu-portable.

 

De toi je sais si peu de chose, juste l'odeur d'une rose... Je, l'aime en corps.

 

Don de douceur au ciel repose,

Cette ode en pétales de rose.

De tout l'amour don(t) je dispose,

A ta douleur, je dépose une rose.

Je, l'aimait. Je, l'aime. et je, l'aimerait...

 

 

Sara Do

 

 

...A Pétronille

 

 

(*) Riou Cyrille, Photographe : 

 

Bienvenue en Terragalice !

J'ai découvert Cyrille sur facebook et je suis restée en arrêt devant son album d'images "New roads" auquel j'ai dédié ces mots :

Allez mon regard, inspire-toi... Remplis-toi de ces coins de rues, de ces marches d'escalier, de ces rampes qui s'élèvent vers la lumières... Cette crise de foi Mariale, ces bouts de sous rire d'enfants, nos petits coins de vie au bord du chemin. Remplis-toi d'êtres en partance vers l'uni-vers et, de l'imag'in'air... Respire, toi.

Cyrille, c'est une phot'au regard d'itinérance, qui nous pousse à aller plus loin dans notre cheminement intérieur. Regardez cet escalier délabré, prêt à se casser la figure. Il illustre parfaitement cette nouvelle "Insu-portable". Il semble nous dire " assieds-toi un instant en bas des marches, hors du temps. Abandonne-toi au silence et vois comme je suis moi-même seul au monde, abandonné de tous ceux qui par le passé, ont tenu ma rampe d'escalier". 

Alors, peut-être serez-vous inspiré à lire ces quelque mots d'une histoire  peau de chagrin... Et encore plus, en allant découvrir le site de Cyrille :

http://cyrille-riou.blogspot.com/

 



28/09/2011
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