Sara Do en TerraGalice, Île Ô Poésie

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Il était une fois... "Les gueules noires de Villars"

Conte réaliste  retrouvé dans mes cartons, écrit en décembre 1983, suite à ma rencontre avec monsieur Somet, ancien mineur. Lieu : Villars, dans département de la Loire. Préfecture Saint Etienne, sous-préfecture : Montbrisson et Roanne.
 


  Il était une fois Villars
"Les gueules noires de Villard"

Voyage dans le temps


Gustave Husson (*)
La scène se nomme le Briquet (la pause repas)



 


Il était une fois, dans une petite ville nommée Villars, un Monsieur pas comme les autres, Monsieur Somet.


- Mais qui est monsieur Somet ? - Comment, vous ne le connaissez pas ?!

Laissez-moi vous présenter ce personnage fabuleux, ancien mineur, qui durant vingt années a recherché et conservé tous objets et documents concernant la vie dans les mines.

Actuellement, il vient d'obtenir de la municipalité un bâtiment lui servant de musée, qu'il a aménagé lui-même. Tout le mérite lui en revient car il a travaillé seul dans sa recherche sans aucune aide. Il a aussi crée un bulletin du Musée de la mine, très recherché au niveau historique.

Mais revenons-en à l'histoire !

 

- Bonjour monsieur Somet, parlez-moi de Villars dans le temps.


Villars, petite ville ancienne dont l'origine remonte à l'époque Gallo-Romaine. Nous sommes au 12e siècle, en l'an 1173. C'est la guerre, une guerre bien désagréable puisque c'est une guerre de religion ; moment historique puisque c'est là que vont se séparer les région du Lyonnais et celle du Forez. Toute une histoire où défilent les siècles.

 

- Allez, tous ensemble, vous qui lisez, moi qui écoute. Un petit retour en arrière.

Incroyable mais vrai !
 

Je suis invitée au château des Mathevon de Curnieu. Famille de grands seigneurs de Villars qu'ils quitteront par la suite pour se retirer en Espagne. Mais avant d'en arriver là, le seigneur de ces lieux me fait l'honneur de me servir de guide ; il m'indique les principales activités de Villars où l'industrie se développe dans trois principales branches : La mine, la passementerie et l'armurerie.


Alors je ferme les yeux et je vois défiler dans ma tête tout un bataillon de mineurs qu'une  solidarité relie par des mètres de rubans multicolores aux armoiries de la ville ; protégés par un millier de fusils qui n'attendent que d'être chargés pour défendre leur patrimoine au moindre son du cor.


Ah Villars ! Tu respires un autre air, un autre temps. Le 14e siècle te donne pour premier travail les mines et ses corons ; tu évolues bien gentiment vers 1812 - 1814, quand les premières aciéries s'installent.

A cette époque l'embauche ne manque pas !

 

- « Par ici, mines de la Porchère » 15ème, 16ème, 17ème, 18ème couches. C'est 500 ouvriers qui t'acclament,

il y aura du pain demain.

 

- « Par là, mine de la Loire » de la 3ème, 5ème, 8ème, 10ème, 13, 14, 15ème couches. C'est 6000 ouvriers de France et de Navarre, 12 nationalités se côtoient.

 

Des hommes qui sont tous frères, tant le métier est dur. Demain parlera de racisme, mais aujourd'hui le son de cloche est différent. C'est la main dans la main, toute une vie, tout un état d'esprit au grand jour. Au cours du creusage de 20 puits, pas d'accrochage avec les étrangers.

Faut-il croire qu'au fond de la terre, quand le front est recouvert de poussière de charbon, un être devient soudain un être, sans couleur ni nationalité ? Mêmes risque, mêmes dangers, même combat.

Faut-il croire que ce puits, ce trou si noir qui atteindra mille mètres de profondeur, suffit à créer des liens sacrés, que rien ne peut détruire, « les liens de la fraternités ».


On en parle chez les mineurs car elle existe, malgré le malheur qui parfois, même trop souvent arrive.


Un puits. 

Un immense puits et sa poussière de charbon qui on ne sait pourquoi prend feu. En quelques secondes les hommes flamberont comme des torches.


A qui la faute ? Pourquoi un tel coup du sort ?

Il sera bien temps de se poser la question ! Et quelques minutes après tu verras sortir des galeries des fantômes ; des hommes chancelants et hagards. Les premiers survivants.


Mais non, même le puits ne peut rien contre cette fraternité là. Même si une voix s'écrie  - «C'est le derniers des métiers ! » Même si le chef dit
« C'est l'agonie du pays. » Les secours et l'aide aux familles seront là, même pour celles des camarades nord-africains ; comme dira la chanson « Tombés au champ d'honneur du travail »


Stop ! Rouvre un peu tes yeux embués par ces dernières images et pense à cette industrie. Mais oui, ce sont des tonnes de charbon qui au 17e, 18e siècles se dirigent sur Lyon et Paris. Il va s'en réchauffer des maisons grâce à ton travail, brave mineur.


C'est l'an 1892 qui verra naître la fin du calvaire des femmes et des enfants. Parce que coûtant moins cher, elles et ils remplacent les chevaux pour tirer les chariots dans les galeries. C'est un point de gagner. Nous arrivons au progrès social, mais ce n'est pas encore finit, ce n'est que le début. Il faudra attendre encore longtemps, avant que les conditions de travail s'améliorent réellement ; même pour les hommes, qui tôt le matin s'attaqueront au gisement pour n'en sortir qu'épuisés tard le soir.

 


Mais il faut faire un bond en avant, alors,

- « Au revoir monsieur Mathevon de Curnieu, vous vous retirez en Espagne, très bien, je reviendrai vous voir... »

 

Et hop ! 1909, les mines sont toujours exploitées. Mais le grand boum du moment, c'est :

« VILLARS ! PREMIER MEETING D'AVIATION ET TROISIEME DANS LE MONDE »


Bravo Villars, tu es toute petite, mais devient grande par ton ardeur à vouloir garder à tout prix une animation de qualité. Bien sûr, il y a Saint Etienne, une grande ville à côté. Et alors ! Ce n'est pas une raison pour s'encroûter.


Et puis, à Villars, il y a le vélodrome. Parfaitement monsieur, avec des courses de vélo. Ce n'est pas encore le tour de France, mais presque !

 

Oh ! Regardez, des chevaux, plein de chevaux ! Bien sûr, c'est l'hippodrome. Allez chevaux, allez jockeys, allez bonnes gens, faites vos jeux ! Qui gagnera le grand tiercé du mois ?

 

A cette époque, il y a vingt auberges restaurants à Villars. Le monde afflue de partout pour assister à toutes ces animations. Et tous les premiers dimanches d'août, c'est «  LA FÊTE A VILLARS » avec ses concours de boules, de billards et de cartes. Une chorale, oui une chorale qui voyage à l'étranger, dont tout Villard est très fière. Une société de Bec Salé, des gens qui amusaient la population les jours de fête : musique, chant, danse et un cinéma et plein d'autres choses encore.

 

Depuis la deuxième guerre mondiale, bien des choses ont disparu. L'hippodrome n'existe plus. Il ne le sait pas encore, mais bientôt le béton remplacera l'herbe fraîche.

Les mines viennent de fermer, nous sommes en 1958. Tout le bassin de la Loire est en deuil. Pourtant il y a encore du charbon dans la Loire, mais la population s'en va.

 

A VILLARS, la mine, elle a mieux tué les hommes que les deux guerres mondiales réunies.

 

Et pourtant c'est grâce aux mines que sont nés les premiers grévistes. On doit aux mineurs d'être les premiers batailleurs pour la justice sociale, la revendication des droits. Le 4 décembre, LA SAINTE BARBE, fête familiale des mineurs. Premier jour de congé des mineurs, c'est quelque chose.

Vers 1975, un essai d'exploitation à ciel ouvert. Va-t-on voir la mine ressurgir du néant ? Non c'est bien fini. Et puis l'esthétique ? Faudrait voir à ne pas gâcher le paysage !

La plus grosse industrie est fermée.

L'hippodrome enterré.

Le vélodrome ne pédale plus.

Il faut dire adieu à toute une époque qui tombe dans l'oubli.  Mais si tu passes à VILLARS, va voir monsieur Somet, lui n'a pas oublié ; il a tout conservé.

 

Ecoute ! Ecoute et ferme les yeux. Il te présentera le seigneur de ces lieux et alors !

- « Bonjours monsieur Mathevon de Curnieur, parlez-moi de Villars »


Toutes les bonnes rencontres ont une fin. Hélas moi je dois me réveiller. Fini le voyage dans le temps !

Merci à monsieur Somet, conservateur du Musée de la mine à Villars. Nous somme en avril 2009 et... 1983, c'est tellement loin, mais tellement près de vous 


A Vous, mineurs de fond...  Solidairement !
A vous Monsieur Somet. 

A vos enfants, petits enfants...

Ils peuvent être fiers de vous...  D'étoilement !

 

 

Sara do




(*) Gustave Husson, Grand-oncle d'Ysendrin  avec son aimable autorisation.



08/12/2010
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