Sara Do en TerraGalice, Île Ô Poésie

Fragment 2 : Histoire d'elle

Réalisé dans le cadre d'une démarche d'approche clinique :


" Histoire de vie en formation "

Université Paris VIII - 1991-92
Département Sciences de l'éducation


Fragment d'histoire d'Elle  


Essai II

 

Premiers pas d'école

 

 

 

La maternelle c'est bien. On peut se perdre dans les couloirs et du coup changer de classe. Jamais dans le même groupe c'est bien. Et puis on fait des dessins, de la pâte à modeler et pipi dans sa culotte.

 

Le cours préparatoire c'est dur. Il paraît que je suis en avance d'une année et que je suis intelligente. C'est pour ça que je vais en faire trois pour me rattraper et vous casser les pieds.

Qu'est-ce que ça veut dire intelligente ? La maîtresse elle dit n'importe quoi et personne ne lui dit rien. Ce n'est pas juste !

" Va-t'en les mots !  J'en veux pas de toi.  Je c'est pas moi... " 

 

 

Je, sais pas moi.

 

Où sont mes billes ? Mes belles billes mes calots tous bleus et jaunes. Toc ! Envoyé droit au but,  jambes poilues de la maîtresse.

" Mais voyez-vous, cette enfant certes intelligente, est quelque fois un peu turbulente..."

Deux mots incompréhensibles à mon oreille :

- un té li gen teu et tur bu len teu !?  Ca doit vouloir dire la même chose puisque ça finit par le même son.

Je récupère ma bille entre les jambes poilues de la maîtresse. Maman, elle a pas les jambes poilues...

 

Trois ans de cours préparatoire, quel beau redoublement ! C'est à cause de mes billes, elles sont dyslexiques.

 

Intelligente et turbulente finissent toujours par le même son et 0 + 0 = la tête à toto. Ca je le sais !

 

Je suis ailleurs dans un labyrinthe sans comprendre la cause de cet étrange vide. Je dois m'extraire de la violence à l'aide d'alibi. Aux yeux des autres je n'écris pas, je ne lis pas. D'abord la plume et l'encre, c'est fait pour faire des tâches et gratter les fibres sur le cahier de brouillon. Et puis quand s'inscrit une lettre de temps à autre j'ai droit au caramel chez le directeur.

 

 

Je ne veux pas apprendre, ce n'est pas la même chose que de ne pas pouvoir ! La différence est grande. Mais qui c'est la différence !?

 

Qui sait ?

La différence est une grande personne et je n'ai rien à lui dire !

Pourquoi ça hurle en moi, ça tape du pied, ça roule par terre  à l'intérieur !? Parce que je suis folle, folle de mon âme en peine, de mes chagrins non exprimés. J'ai peur peur peur tout le temps...

Mes nuits sont des cauchemars sans fin où l'angoisse a son port d'attache. Mon lit est un lac immensément grand où je me réveille noyée chaque matin. C'est un manque infini qui ne trouve pas de nom, pas de place défini. Vide.

 

Impossible d'exprimer la mort qui me tenaille. Tout est là pareil à un volcan qui bouillonne mais ne fait pas irruption. Un chemin sans fin où le pire se dessine en noir sur l'horizon. Un chemin qui n'en est pas un...

 

Non je ne peux pas voir, c'est trop fort pour moi et mon corps se révolte. Non je ne parlerai pas même dans mes pires cauchemars. Je te détournerai vers des sentiers perdus, des rêveries insensées où nul ne sait me joindre. Je serai "Elle" en attendant. Isabeille, connais pas ?!  C'est "Elle" à force d'y croire pendant longtemps...

 

 

La maison fragment...

 

La maison a un style particulier. C'est une HLM avec un terrain vague devant et un bac avec un toboggan derrière qui coupe la langue. Ca s'appelle un accident d'enfance. Le docteur, il  a réparé la langue. Aïe ! Et j'ai toujours un doigt en moins d'avant. Mais d'avant quoi ? D'avant quand ? Dix-huit mois, je crois... 

Pas aïe ! Chut, même pas mal.

 

Pour « Elle » c'est une maison fantastique avec une forêt, des rivières et des araignées qui tissent la toile de son miroir.

 

Sa maman est là. 

Les jumelles où sont les jumelles !? Mes soeurs.

Coralie et Suzon vont dans une autre maison... Elles reviennent. Elles s'en vont.

 

Son papa n'est pas là. Pour « Elle » c'est un palais d'abandon. L'image d'un arbre mort avec de grandes branches massives. Mais une ombre, ce n'est pas solide !

Où est maman !?

« Elle » le sait. Corps à corps sans bataille, comme le soleil a ses rayons. Unies. Collusion parfaite où l'axe central devient tout l'univers.

Où est mon petit frère !?

Bastien est mort l'année dernière de la même maladie que moi. C'est maman qui le dit ! Alors je me tiens tranquille. Chut, même pas mal.

Je suis comme une pendule remontée mécaniquement, dont le battement peu à peu se disloque et meurt soudain à ton oreille.

 

Comme la ville est triste...

 

Comme l'école est triste...

 

Personne pour me tenir la main. Je tiens toute seule en m'accrochant aux arbres. N'importe lequel fait l'affaire du moment qu'il est solide. Le tilleul dans la cours de récréation. Quelques mètres carrés de verdure. Et puis mes billes au beau milieu, toutes brillantes des reflets du soleil.

 

 

Les billes de l'intérieur. Un million de billes qui s'entrechoquent, explosent. Certaines meurent, d'autres résistent au choc.

 

 

Et si j'étais une bille !? Voilà, j'ai trouvé un nouveau jeu, je suis une bille ! Je roulerais aux grés des gens, de leurs envies, de leurs tourments. Je serais la bille assurée de maman !

Droit de vie, droit de mort sur tout ce qui est à partir de soi. C'est elle qui m'a faite, elle peut bien disposer de moi. C'est ça la vie d'enfant !

 

 

Fin du début de l'essai...

 

 

 

Sara Do

 

A Pétronille, merci pour le partage.



08/12/2010
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