Sara Do en TerraGalice, Île Ô Poésie

Fragment 1 : Histoire d'elle

Réalisé dans le cadre d'une démarche d'approche clinique :


" Histoire de vie en formation "

Université Paris VIII - 1991-92


Département Sciences de l'éducation



Fragment d'histoire d'Elle  

 

Essai I

 

 

Naît sens d'elle

 

 

 

C'était en 1955. Décembre menait sa barque, doucement, dans la nuit du 9 pour amarrer le 10, en fin de matinée dans un port d'incertitude. Il devait être midi, peut-être treize heures, peu importe. De toute façon, le brouillard était là, épais et humide, comme pour cacher la face d'un tableau noir où rien n'est encore inscrit, mais qui plus tard sera marqué à jamais de mots. La trace de toute une histoire vécue…

 

 

« Elle » je ne l'appellerai pas d'un prénom pour la parer ou comparer à d'autre. « Elle » elle est unique, comme toi, tu es unique. « Elle » ne le sait pas encore. Ce n'est que bien plus tard, quand il fera froid dans son corps, peur dans sa tête, qu'elle connaîtra cette vérité ; Qu'elle criera de tout son être pour faire jaillir son existence, la sienne. « Elle » en tant qu'elle et personne d'autre.

 

 

Mais, laissons là ce fait divers pour revenir à l'automne et prévenir l'hiver.

 

 

La vie. Ding dong, ding dong ! …

Sonne clocher, de joie ou de tristesse. Pourquoi sonnes-tu si fort ? Bien trop fort dans ma tête ! Tu m'empêches de sortir pour mieux te reconnaître et malgré mon horreur et ma peur de naître, je sors de son ventre. Neuf mois, déjà. Comme le temps passe vite !

 

 

J'étais si bien dans cette armure, si protégée. Imagine, je sais que tu le peux, un endroit cosmique ; Entouré d'étoiles du firmament, dans un univers où la faim et la soif n'ont pas l'air de se connaître. Ici, tout se passe en ressenti, sensations étranges. Pas de demandes à formuler, sans qu'elles ne soient déjà comblées. La parole n'existe pas, tout se transmet par les fibres ; Monde intérieur chaud et réconfortant. Ô miracle de la nature !

 

 

Comment ! Je dois sortir. Pour quoi faire ? Non, je ne veux pas, laissez-moi tranquille. Ding dong, ding dong ! Qu'est-ce que c'est ? Je dois hurler de peur et de détresse. Vous ne m'écoutez pas, on ne se comprend pas, mon langage n'est pas le vôtre. Mes ondes sont court-circuitées par votre tintamarre de bredouillis bredouilla. Je ressens nombres de violences. J'ai froid, mal aux yeux et j'étouffe, j'étouffe… Vive la tente à oxygène ! Sans le vouloir, je sais déjà, que ce martèlement dans ma tête n'est pas le gong d'un clocher, mais, la vie et la mort qui en moi se font signe.

 

 

Bonjour la vie ! « Elle » se réveille. Il fait jour. Un rayon filtre à travers les volets clos, transperce la chambre, tel un couperet tranchant plein de vérité. Mais, chut ! Il ne parle pas. Je te le dis, toi qui m'écoute, il ne tranchera jamais vraiment. Juste un semblant de paroles, un rayon de soleil, histoire de dire… Bonjour la mort !

 

 

Le lit doit être mouillé. « Elle » pleure sur l'oreiller. Des pas se font entendre, d'abord en sourdine, pour devenir frappant comme des claques. « Elle » crie plus fort. La porte s'ouvre sur l'autre, ombre de vie. En deux temps, trois mouvements, bébé est changé ; Nouvelle couche et baisers vont calmer l'assoiffé. Les volets s'ouvrent, et, meure le rayon tranchant…

 

 

Il te faudra longtemps, « Elle » pour que tu te rappelles.

 

Il te faudra attendre pour que tu te souviennes de ta désespérance, cette naissance.

Il te faudra des heures et des jours de travail pour arriver jusqu'à toi. Rendez-vous dans un quart de siècle. Ne sois pas inquiète, je te donne le temps, ton temps, celui qui t'appartient.

 

En avant, marche ! Une, deux, une, deux… La route est longue.

 

C'est la course contre la montre. Il faut vivre.  Peu importe comment ? Pour qui ? Pour quoi ?

 

« Elle » doit survivre, même à bout de souffle. La mémoire ! Mets-la en sourdine, dans un ailleurs où tout « fout le camp. » Un jour, le vent soufflera dans l'autre sens ; Tel, un ouragan, il fera des ravages et dévastera ton champ d'espérance. Il ne restera que toi, « Elle », dans le grand silence ; Toute nue, à l'aube de ta vie, sans beauté ni parjure et, là, en face, à perte de vue, un champ. Un champ si grand que ton regard ne peut le dépasser et, l'ouragan t-attend quelque part. Si jamais, il te vient à l'idée de rebrousser chemin, c'est trop tard.

 

 

« Elle » tu grandis. C'est l'été de plusieurs années et tu ne comprends pas ce vide qui est en toi. Autour, il y a des gens, qui vont, qui viennent et de drôles de tourments marquent leur triste tête. Alors, tu dois être gaie, tu dois sourire. Tes yeux s'illuminent comme des papillons, ton espoir est si grand, rempli de belles images, de contes à dormir debout pour petite fille bien sage.

 

 

Aujourd'hui, c'est dimanche ! Ce n'est pas drôle le dimanche. Le matin, s'habiller ; Vite, le petit déjeuner. C'est l'heure de la messe, on va être en retard, que vont penser les voisins. Bonjour, Bon Dieu ! Signe de croix, en vitesse ; Le banc des accusés réception nous attend. Mais, il grince quand on se lève et fait de même, quand on s'assoit.

 

 

-       Dis Maman, Pourquoi le Monsieur il boit et pis pas     nous ? Et avant, il a mangé quelque chose et pis pas nous. 

 

-         Chut, tais-toi donc ! 

 

Je m'appelle Isabeille. Je suis née physiologiquement parlant, il y a ... 1, 2, 3, 4... ans. Sûrement par un beau jour de novembre. Je dis sûrement, parce que, en fait, je n'en sais rien. Mais dans ma tête, j'ai envie qu'il fasse beau. Et puis, si je demande aux grands, ils trouvent que je pose trop de questions. Alors, tant pis. Je me débrouille toute seule et je fais les réponses dans ma tête, comme une grande. Je discute très sérieusement entre moi et moi. Cela a un avantage, je ne suis jamais déçue des réponses et quand je ne sais pas, j'invente.

 

 

Donc, il faisait beau, le 20 novembre 1957. Beau comme dans un brouillard transparent. Je suis arrivée toute nue avec de la buée plein les yeux, dans un monde rigolo. Au jour de ma naissance, j'avais un Papa, une Maman et deux soeurs jumelles, Coraline et Suzon, d'un an et demi, mes aînées. Et oui, des jumelles ! Même, qu'elles sont belles. C'est Papa qui le dit. Et moi, je ne suis pas belle. C'est Papa qui le dit, aussi. J'ai... 1, 2, 3, 4... ans et je suis petite, toute petite, mais, je vois plein de choses. Papa s'en va dans une autre maison. Maman me protège et n'aime que moi. Elle le dit tout le temps, que je suis sa fille qu'à elle et pas à Papa. Il ne me touche pas.

 

 

Je trouve cela trop compliqué pour moi ; Allons voir ailleurs ; Voyons, je suis une sauvageonne qui n'a peur de rien ; Je tue les scarabées au sol, les mouches en vol ; Personne ne me résiste, ni n'ose me faire front. Gare à toi, chenapan, qui croise mon chemin ; En un tour de main, tu deviens mon esclave et je deviens l'esclave de « Elle. »

 

 

A l'école, ce n'est pas triste. La maîtresse me tire souvent les oreilles et le coin de la classe n'a plus de secret pour moi. Je connais toutes les fissures de la peinture et l'araignée qui loge là, avec ses petits, est devenue une grande intime. Nous palabrons des heures mentalement pour pas que la maîtresse entende et je pleure dans mon coeur quand il faut-me rassoir. La plume et le cahier, c'est franchement rasoir.

 

 

Fin du début de l'essai...

 

 

Sara Do

 

 

A Pétronille... merci pour le partage.

 

 

 

Sur la base d'un écrit commencé en août 1985.



08/12/2010
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