Sara Do en TerraGalice, Île Ô Poésie

Au bord du Tage

Court-métrage en cours d'eau de vie
 
Et puis, il y a une belle histoire qui se croise et se décroise au fil de l'eau, au bord du Tage. Et puis, quelques nuages pour couronner le tout. Un train qui croise et qui décroise un autre train, la voie qui déraille et qui se perd sur les rails. Point d'horizon, silence... Il ne reste que le temps d'un instant, la fleur des poètes, les mots de Pessoa, le coeur de Baudelaire, la solitude âme erre... 
 
A tous les amoureux de la terre, histoire d'
 
 

Au bord du Tage...

    
Photos : Nelly vue par Jean-Louis Bongrand 
 

Au bord du Tage, je me suis assise. C'était il y a ... Un été 2002. 

Juste avant de prendre le train à la gare d'à côté, j'ai humé l'air pour ne pas oublier. Larme à l'oeil ou reflet d'eau à mes joues déposé. Rappelle-toi la brise à peine éprise par trop de chaleur et le ciel dépassé par tant de doux leurre.

 

Le train bondé dans tous les sens, j'avance à contre courant. L'air lourd se mélange à la sueur des corps. Vite, trouver une place près de la fenêtre. Je me voudrais goutte d'eau, perle fine, passante irréelle, la mémoire en sourdine, mais... Dialogue de sourd en cerveau lent, qui es-tu, toi de moi, moi de toi et que suis-je sans toi !?

 

Assise au bord du Tage, je regardais les nuages au loin. Non, il n'y avait pas de nuages. Le ciel était dégagé bleu blanc de soleil. Il y avait toi et Lisboa. J'écoutais tes mots, j'écoutais ta voix. Pessoa, je ne connaissais pas, toute Baudelaire que j'étais, en fleurs du mal. 

 

Tu effeuillais les mots comme des coquelicots, balançais des phrases aux passants. Je m'éclatais de rire à les voir te tourner le dos devant tes mimiques hilarantes. Tu te moquais de moi et de mes fleurs du mal.

 

Lisboa, Pessoa. Etait-ce le bord du Tage qui me faisait rougir à tes mots tendres ? Je les aurais voulus rien que pour moi, mais je n'étais pas Ophélia. Je n'étais..., mais qui étais-je ? Petite voyageuse en peine, portant son mal de vivre en sac à dos, la douleur de la terre hurlante à l'intérieur. Il fallait de l'amour dans tout ça. Non ! Plus que ça. Il fallait quelque chose en plus, mais quoi ? Quelques pas d'infortune en port d'incertitude et te voilà, toi, devant moi, Lisbonne, belle à tout casser. 

 

A la terrasse, se poser. Un café, deux cafés et ce regard. Nos yeux dans les yeux, pas un mot, non, pas un mot. Silence. Seul, le battement de ton coeur à mon coeur résonnant, comme un tambour éclatant. Sa peau tendue à pleine puissance. PAN ! Déflagration ! Bourrasque ! Coup de chien défigurant !  Et, la foudre se tait. Elle sait bien l'étendue des dégâts. Le coup de la foudre est connu depuis la nuit des temps,  comme le fruit de la passion, à toutes les saisons.

 

J'ai cru mourir et je suis en vie, sans toi.

 

 

Mes yeux s'ouvrent pour combien de temps. Le temps d'une secousse sur la voie ferrée. C'est fini. Tu m'avais dit, c'est pour la vie. Non ! Tu n'avais rien dit. C'est ce que j'ai voulu entendre. 

 

Et ces mots qui me cognent le coeur. Ces mots dits avec tant de ferveur. Ceux-là même que tu jetais au bord du Tage, t'en souviens-tu? Tu les disais d'un air moqueur avec ce geste large, auguste du semeur, 

 

Je ne suis rien.

Je ne serai jamais rien.

Je ne peux vouloir être rien.

À part ça je porte en moi tous les rêves du monde.

 

Não sou nada.

Nunca serei nada.

Não posso querer ser nada.

A parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo.

 

Ils n'étaient pas de toi. Tu n'étais pas Pessoa.

 

Je m'appelle Fernando et toi ? Je m'appelle Camélia et je dois retourner là-bas. Là-bas, c'est la France. Je porte dans mon cabas un coeur qui pèse lourd de tous mes mots d'amour. Le poids de mes erreurs et toute ma peine en désespoir de cause. 

 

Fermer les yeux encore, juste encore un peu. Le temps de me dire que j'ai rêvé. Et ces mots alors ! Ces mots qui me collent à la peau, à mon âme éperdue en rade au bord du Tage. Non je n'ai pas rêvé, en moi ils sont gravés,

 

Je ne suis rien.

Je ne serai jamais rien.

Je ne peux vouloir être rien.

À part ça je porte en moi tous les rêves du monde.

 

 

Voilà ce que tu m'as laissé, un amour incommensurable en fleur du mal et Pessoa. L'amour de Pessoa. Au bord du Tage je m'étais assise et, ...

 

 

D'étoilement ! 

Sara Do 

 

 

A toi, qui m'a fait découvrir Pessoa.



08/12/2010
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