Sara Do en TerraGalice, Île Ô Poésie

A la rencontre d’un diacre

Article publié

A la rencontre d'un diacre : Jean Poirel 88 ans.






Si je n'avais pas perdu ma femme, est-ce que je serais diacre !?
Était-ce un signe !?



Ca, c'est le mot de la fin ! Et pourtant, c'est par là que je commence à vous parler de ce Monsieur. Jean Poirel, diacre depuis 25 ans. D'une vue défaillance à ce jour, il va éclairer mon cerveau lent d'un éclat particulier durant cet entretien.

Rendez-vous est pris ce mercredi 12 août 2009, à la maison de retraite Saint Michel de Solesmes. J'arrive dans une chambre sobrement meubler avec juste l'essentiel, où la clarté lumineuse du jour, passe à travers une grande fenêtre à ciel ouvert. L'homme n'y voit pas (ou peu). Il a un large sourire pour m'accueillir. Curieux de tout, il aimerait bien savoir à qui il a affaire. Les présentations faites, il semblé étonnée de me voir si curieuse. Je veux tout savoir et surtout ce que personne ne sait : son histoire, sa famille, une drôlerie en passant.
« - Mais ça n'intéresse personne ! - Moi si ! Et si le magazine paroissial m'a demandé de faire un article sur vous, c'est qu'il doit bien y avoir une raison ! – ha oui, c'est peut-être parce que le 14 octobre 2009, c'est mes 25 ans de diaconat. »

Nous y voilà ! 25 ans de diaconat. Sauf que moi, je n'étais pas au courant et là forcément, ma curiosité s'éveille encore plus. Mais comment devient-on diacre !? C'est quoi un diacre !?

Né le 22 novembre 1920 à Rabbat (département 95 à l'époque) d'un papa militaire intendant, d'une maman au foyer. De retour en France en 1922, la famille s'installe à Strasbourg où le papa est nommé intendant militaire des troupes coloniales, dépendant à l'époque du ministère des colonies. En 1924 le papa est nommé au Sénégal. A la fin de l'année, Jean est rapatrié en France pour quelques soucis de santé.

Je reste à Paris chez ma Grand-mère ; mes souvenirs de jeunesse… c'est Paris. Mes parents sont revenus du Sénégal en 1926 et s'installent à côté de chez ma grand-mère. Papa reste en métropole jusqu'en 1932, où il est nommé en Indochine à Saigon. La famille s'est agrandie d'une sœur et de deux frères, nous sommes quatre en tout. Je reste en France pour mes études, mes frères et sœurs partent en Indochine. J'étudie au lycée.En 1934, je retourne dans le giron familial, Puis papa est nommé en 1937 à Madagascar. Je reste à Paris, c'est l'année du bac.


Bref ! Sautons quelques étapes, pour arriver en juin 1941, où Jean sort de l'Institut Eléctro Technique de Grenoble, avec son diplôme d'ingénieur en poche. Il n'ai pas mobilisé et part en chantier de jeunesse jusqu'en novembre 1942. Il intègre en suivant la Société Anonyme des Hauts Fourneaux et Fonderie de Pont à Mousson au centre de recherche.

Je me suis marié en automne 1947 avec Micheline et nous avons eu deux filles : Christine, née en 1948 et Nathalie née en 1957. Fin 1979, je suis en pré-retraite, licencié économique, c'est là que nous arrivons à Sablé au début des années 1980. On a trouvé une maison, puis la vie…

Micheline est déjà malade, elle décède en 1981. Que faire !? Alors Jean a l'idée d'orienter sa vie vers des activités religieuses. Il rencontre l'abbé Bellanger, aumônier de l'hôpital de Sablé qui lui dit : « - il y a quelque chose qui vous irait comme un gant : le diaconat. - Qu'est-ce que c'est !? - Parlez-en à votre curé, le père Pommerait de la paroisse de Sablé et son vicaire Jean Chataignier. - Qu'est-ce que je dois faire !? - Vous écrivez à l'évêque. » Nous sommes en 1982.

Diacre. En gros, on savait qu'il y avait un sacrement, qu'il fallait être veuf, célibataire ou marié et être au service des activités de l'église. Je rencontre le père Gilson et celui-ci me dirige rapidement vers la catéchèse et le secours catholique. J'ai pour lettre de mission (qui n'en n'est pas une) : Vous êtes père et grand-père, restez-le ! Vous vous occuperez du secours catholique et de la catéchèse et vous m'enverrez chaque mois un rapport d'activité.

Puis, le diocèse du Mans organise la formation initiale de responsable en église sur quelques week end dans l'année. En 1983/84, tous les diacres entrent en formation.

Qu'est-ce que c'est qu'un diacre !? Qu'est-ce qu'il est !? Qu'est-ce qu'il fait !?

Avant de savoir ce qu'il va faire, il faut savoir qui il est. C'est ce qui m'a fait penser que le diaconat, c'est vraiment être au service des autres…si nous regardons bien, le christ a été serviteur (lavement de pieds, je suis au service de…) Il a été prêtre, enseignant la parole de Dieu tout au long de sa vie. Alors moi, je me suis tenue à la disposition de l'église pour ce qu'elle veut bien me demander : Homélie, Baptême (1), Mariage (2), Sépulture…Répondre à la demande, me mettre à disposition dans un rôle de serviteur. Le diacre est un élément d'église dans le monde, dans son entourage professionnel. C'est l'homme du front, du poste avancé. Il apporte et fait acte de présence.


Jean Poirel a arrêté la catéchèse en 1995 ou 98, il ne se souvient plus très bien de la date exacte. Il a continué en fonctions de ses moyens, à assurer des visites à la Martinière auprès des personnes malades et à la maison de retraite saint Michel. Les visites sont pour lui une présence, qui prend différentes formes. Mais avant tout, comme il dit, on ne s'impose pas.

Il ne garde que de bons souvenirs de tout ce temps passé. Il continue à ce jour à soutenir son prochain par la prière, car dit-il fièrement
« Diacre, je le suis jusqu'à la fin de mes jours. »

Au cours de toutes ces années, qu'est-ce qui vous a le plus marqué !?
Ce qui m'a le plus marqué, c'est la sépulture d'un bébé. Je me souviendrai toujours des larmes de désespoir de la maman. C'était terrible...

Et qu'est-ce que vous avez le plus aimé !?
Ce que j'ai le plus aimé (sourire)… je suis d'un naturel optimiste et je vois toujours le bon côté des choses. La parole de Dieu est créative et à l'heure actuelle, Dieu continue à nous parler dans les événements. Même si les faits sont durs parfois, il y a quelque chose à apprendre, à comprendre de la situation… Et, justement je me pose encore et toujours la question :

Si je n'avais pas perdu ma femme est-ce que je serais diacre !?
Était-ce un signe !?



Le voilà, le mot du début de la fin ! Je reste là sans voix, tellement c'est fort… La question qui fait que tout est dit et que chacun doit se faire son chemin à travers ces mots là. A chacun de trouver sa réponse !


Jean Poirel a été ordonné diacre le 14 octobre 1984 à l'église de Sablé. Nous sommes à l'automne 2009 et ce 14 octobre, Jean fêtera sa vingt-cinquième année de diaconat. Souhaitons-lui de tout notre cœur un bel anniversaire.


Sara Do


Pour le magazine paroissial " Pays Sabolien" oct.2009



08/12/2010
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 175 autres membres